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msafi ri 176 Julianna Mwihaki explique pourquoi la victoire de Barack Obama est une victoire pour le monde entier. E n décembre 2006, Barack Obama, accompagné de son épouse Michelle, réunit quelques- uns de ses conseillers pour discuter la question de sa candidature éventuelle à la présidence américaine. Il fallait qu'une décision soit prise rapidement. On était à moins de deux ans des élections et Obama, qui était une fi gure relativement nouvelle sur la scène politique américaine au niveau national, avait un certain retard à rattraper s'il voulait se donner des chances réelles de devenir le 44e président. Michelle Obama demanda à son mari : Pourquoi veux- tu être candidat ? Il lui répondit : « Il y a une chose dont je suis sûr : le jour où je lèverai la main pour prêter mon serment d'entrée en fonction, le reste du monde nous considérera d'une façon différente. Et je pense que pour des millions de gamins ici, en Amérique, l'image qu'ils auront d'eux- mêmes ne sera plus la même. » En février 2007, à Springfi eld, dans l'Illinois, où souffl ait un vent froid, Obama déclara sa candidature à la présidence, promettant de « construire une Amérique confi ante en son avenir » . C'était une entreprise prodigieuse pour un homme au CV relativement mince qui n'avait rempli qu'un seul mandat de sénateur et ne possédait que peu d'expérience au niveau exécutif. Obama, qu'on peut facilement considérer comme le plus grand orateur de sa génération, réussit à tourner tout cela à son avantage. « Je reconnais qu'il y a un côté présomptueux, une certaine audace dans ma démarche, » dit- il en déclarant sa candidature. « Je sais que je n'ai pas passé longtemps à apprendre les façons de faire de Washington, mais j'y ai passé assez de temps pour savoir que ces façons de faire doivent changer. » UNE CAMPAGNE RÉVOLUTIONNAIRE Sa première véritable épreuve fut de gagner l'investiture démocrate, et il le fi t de façon très convaincante, devenant ainsi le premier candidat noir d'un grand parti politique. La campagne d'Obama effectua un certain nombre d'innovations. Il rassembla plus de fonds qu'aucun autre candidat dans toute l'histoire des États- Unis. Il organisa une campagne impressionnante à partir de la base, une campagne réellement populaire. Il SPÉCIAL OBAMA OBAMA révolutionna l'utilisation des technologies modernes telles qu'Internet, et fut même le premier candidat à utiliser la publicité dans les jeux vidéo – cool, ou quoi ! Obama était résolu à faire de ses supporters le pilier de sa campagne. « C'est de vous qu'il s'agit, » leur répétait- il sans cesse. « Oui, on peut » devint le cri de ralliement d'une génération, qui galvanisa une nation en quête d'une nouvelle identité. Il chercha à convaincre les électeurs qu'il était capable d'effectuer les changements dont l'Amérique avait désespérément besoin. Il exhorta le pays à mettre fi n à la polarisation et aux vieilles divisions politiques, et persuada des millions de personnes que leur rêve était réalisable. Obama savait que ce ne serait pas une victoire facile. À un des moments les plus sombres de sa campagne, il rappela à ses supporters qu' « aucun changement n'est facile. C'est dur de changer. » IL AURA FALLU DU TEMPS La campagne présidentielle de 2008 a été la plus longue et la plus coûteuse de l'histoire des États- Unis, une course à la Maison- Blanche passionnante et âprement disputée. Elle fut gagnée, dans une atmosphère grisante, par le fi ls d'un homme kenyan et d'une femme blanche, qui devenait ainsi le premier président noir des États- Unis d'Amérique. C'était un triomphe extraordinaire pour Obama, poussé par un « vent de justice » à défi er le cours de l'histoire. Dans son discours de victoire, adressé à une foule en délire dans sa ville de Chicago, Obama a célébré le rêve américain. « S'il y a quelqu'un quelque part qui doute encore que l'Amérique soit un pays où tout est possible… ce soir lui donnera la réponse, » dit-il à une foule émue et au comble de la joie. « Il aura fallu du temps, mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui, au cours de cette élection, en ce moment historique, le changement arrive en Amérique. » Le 20 janvier 2009, Barack Hussein Obama a prêté le serment d'entrée en fonction qui fait de lui le 44e président des États- Unis d'Amérique. Le jeune homme qu'il avait été, qui avait eu du mal à découvrir son identité dans une nation complexe, devenait ainsi, après un long parcours, le président d'un pays qui tente désespérément de se forger une nouvelle destinée et une nouvelle image. Le succès d'Obama est certainement un symbole d'espoir universel. Des millions de gamins en Amérique auront une image différente d'eux- mêmes, comme il l'avait espéré. Mais son triomphe n'appartient pas seulement à l'Amérique. Il appartient aussi – à juste titre – au monde entier. L'OBAMANIA Le charme exotique et la diversité des ses origines lui ont attiré la sympathie d'un public mondial dès le départ de la course. Après huit années de politique étrangère Notre héros

msafi ri 177 désastreuses qui avaient sérieusement écorné la réputation américaine sur le plan moral, il offrait à l'Amérique une occasion irrésistible de se racheter ; sa victoire serait la raison pour laquelle beaucoup de gens pourraient à nouveau la respecter et l'admirer. À Berlin, en Allemagne, Obama attira une foule de presque 200 000 personnes, ce qui confi rme que l'Obamania était bien un phénomène mondial. Tandis qu'approchait le 4 novembre 2008 – jour des élections – le monde entier retint son souffl e. Les Américains éliraient- ils Barack Obama ? Eh bien, oui, ils le fi rent ! Et sa victoire entraîna des célébrations tapageuses partout dans le monde. Des gens de toute race, de toute religion et de tout âge versèrent des larmes et poussèrent des cris de joie à l'annonce de sa victoire. Dans la ville d'Obama au Japon comme dans les capitales fi nancières européennes, et jusque dans les petits villages au fi n fond de l'Afrique, son succès historique annonçait l'arrivée d'une nouvelle ère, non seulement pour l'Amérique mais pour l'ensemble du monde. En Afrique, où beaucoup de gens se sentent une grande affi nité avec lui et le considèrent comme un des leurs, on aurait pu facilement penser qu'Obama avait été élu président de l'Afrique. « J'ai été heureuse de voir Obama gagner. Il est jeune, beau, enthousiaste et plein d'idées. C'est bien de voir enfi n quelqu'un avec qui l'homme de la rue peut s'identifi er, » dit ILLUSTRATION ANDRÉ CARRILHO